La relation, un "troisième corps" entre l'autre et moi....
- Geraldine Sol

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Dans les formations que j'anime , j’utilise souvent une image très belle issue des travaux de Jacques Salomé : celle de l’écharpe relationnelle.
Une relation, ce n’est pas moi. Ni l’autre. C’est ce qui circule entre nous.
Comme une écharpe dont chacun tiendrait une extrémité.
Quand on porte la relation à la place de l’autre
Dans beaucoup de relations professionnelles ou personnelles, nous faisons quelque chose d’assez étrange : tenir les deux bouts de l’écharpe.
Nous prenons en charge :
les émotions de l’autre,
ses réactions,
ses silences,
ses frustrations,
ses maladresses,
parfois même ses responsabilités.
Et cela part souvent d’une bonne intention : vouloir aider, apaiser,éviter le conflit, maintenir l’harmonie, rester “professionnel”.
Mais à force de porter la relation seul(e), quelque chose s’épuise.
On sur-adapte. On compense. On interprète. On anticipe. On se justifie beaucoup. On finit parfois par ne plus savoir où s’arrête notre responsabilité… et où commence celle de l’autre.
Une idée simple… et profondément libératrice
L’écharpe relationnelle nous rappelle quelque chose d’essentiel :
je suis responsable de mon bout de la relation. Pas de celui de l’autre.
Je suis responsable :
de ce que je dis,
de la manière dont je le dis,
de mes actes,
de mes limites,
de mes besoins,
de ce que je choisis ou non de nourrir dans la relation.
Mais je ne suis pas responsable :
de tout ce que l’autre ressent,
de toutes ses réactions,
de ses projections,
de son histoire,
de sa manière d’interpréter chacun de mes gestes.
C’est une nuance importante.
Parce qu’il ne s’agit pas de devenir froid, distant ou indifférent.
Il s’agit plutôt de sortir de cette confusion fréquente entre être en lien et porter l’autre.
Quand la relation “ne tient qu’à un fil”
L'image de l’écharpe est vivante, puisqu'une relation n’est jamais figée.
Chaque échange peut :
fragiliser,
alourdir,
brûler
abîmer profondément.
Nous connaissons tous ces relations qui “ne tiennent plus qu’à un fil”.
Un mot de trop. Une accumulation de non-dits. Du mépris. De l’ironie. Des promesses non tenues. L’absence d’écoute. Une communication floue ou agressive. Et peu à peu, l’écharpe se tend, se froisse, se déchire.
Le lien devient plus fragile.
À l’inverse, certaines relations donnent une sensation de fluidité évidente.
Parce que la qualité de la communication vient enrichir l’écharpe relationnelle.
Elle devient :
plus souple,
plus légère,
plus solide,
plus douce,
plus résistante aux tensions,
plus “soyeuse”.
L’écoute sincère. La clarté. Le respect. L’authenticité. La capacité à dire les choses sans humilier. Le fait d’oser les conversations difficiles sans violence. La reconnaissance. La cohérence entre les paroles et les actes.
Tout cela tisse la matière même de la relation.
Et cela change énormément la qualité de ce que l’on vit ensemble.
Quel impact sur le management des équipes ?
Je rencontre souvent des managers qui s’épuisent à vouloir :
sauver tout le monde,
résoudre tous les conflits,
absorber toutes les tensions,
éviter toute frustration,
maintenir une motivation constante chez chacun.
Et paradoxalement, plus ils portent la relation, plus les équipes deviennent dépendantes… ou critiques.
Parce qu’une relation équilibrée suppose que chacun reprenne sa part.
Un manager peut :
créer un cadre,
écouter,
clarifier,
soutenir,
confronter avec respect,
donner du feedback,
accompagner.
Mais il ne peut pas :
grandir à la place de l’autre,
décider de son engagement,
faire le travail émotionnel pour lui,
porter seul la qualité de la relation.
En revanche, il influence énormément la texture de l’écharpe relationnelle collective.
Certaines cultures d’équipe rendent les relations lourdes, méfiantes, tendues ou défensives.
D’autres permettent davantage :
de sécurité psychologique,
de coopération,
de franchise,
de respiration,
d’autonomie,
et même de légèreté.
C’est parfois invisible. Mais cela se ressent immédiatement.
Reprendre son bout de l’écharpe
Dans certaines situations, reprendre son bout de l’écharpe signifie :
oser dire les choses plus clairement,
arrêter de tout justifier,
poser une limite,
ne plus sur-expliquer,
accepter de décevoir parfois,
laisser l’autre face à sa propre responsabilité.
Et dans d’autres situations, cela signifie au contraire :
reconnaître son impact,
sortir de la posture défensive,
assumer ses maladresses,
écouter réellement ce qui se joue,
réparer quand cela est nécessaire.
La responsabilité relationnelle n’est pas un rapport de force.
C’est une posture.
Une question que je trouve très utile
Quand une relation devient lourde, tendue ou épuisante, il peut être intéressant de se demander :
« Suis-je en train de tenir uniquement mon bout de l’écharpe… ou les deux ? »
Et parfois aussi :
« Qu’est-ce que je suis en train de tisser dans cette relation ? »
Parce qu’au fond, nos relations ne tiennent pas seulement à ce que nous ressentons.
Elles tiennent surtout à la manière dont, chaque jour, nous choisissons de prendre soin… ou non… du lien qui nous relie.